LINGUA PORTUGUESA
Installation d’Åsa Lie. Galerie La Prima Materia, Amsterdam, Pays-Bas. Solo. A partir d’une carte et d’une pellicule non développée de photos en noir et blanc prises par Jadran Sturm (qu’il voulait jeter) mais a données à Åsa en 1990.
Conquistadors lancés dans l’accomplissement de leur mission sur mer.
Soutenus et bénis par leurs épouses, mères, filles et sœurs.
Lieu datant du XVIIe, Amsterdam.
Bandes sonores d’un côté de l’entrée. Quelques feuilles d’arbre au sol. Le bruissement faible des feuilles et des bandes sonores, causé par un léger vent. La lumière du jour. Air frais. Evier. Chaleur. Four à gaz, avec feu allumé. 3 morceaux de bois. Coupures de journaux, photographies d’une femme (10cm x 15cm).
Une peinture rouge au mur (31cm x 55cm).
Des photographies en couleur (58cm x 39 cm). Des hommes participant à un banquet au village Sete Cidades, Sao Miguel, Açores, Portugal. Un cadeau. La photo a été prise par un villageois.
6 photos en noir et blanc (28cm x 39cm). Mélange d’une technique de photographie et de photocopie dans le processus de création. Les 6 madones viennent de l’Eglise S. Domingos à Lisbonne, Portugal. Il y a eu un incendie à l’intérieur le 13 août 1959 et la restauration n’était pas encore achevée quand les madones ont été prises en photo en 1990.
Voir l’extrait ci-dessous d’une conversation entre Simon Delobel (historien de l’art, curateur & directeur de Kiosk Gand) et Åsa Lie.
6 black and white pictures, (28cm x 39cm). Mixed technique of photography and photocopy work process.
6 black and white pictures, (28cm x 39cm). Mixed technique of photography and photocopy work process.
6 black and white pictures, (28cm x 39cm). Mixed technique of photography and photocopy work process.
Photos en noir et blanc (28cm x 39cm) par Åsa Lie, 1991. Mélange d’une technique de photographie et de photocopie dans le processus de création. Les 6 madones viennent de l’Eglise S. Domingos à Lisbonne, Portugal.
All 6 madonnas are from the S. Domingos church in Lisbon, Portugal. There was a fire inside on the 13th of August 1959, and the restoration was not yet completed when the madonnas were photographed in 1990.
All 6 madonnas are from the S. Domingos church in Lisbon, Portugal. There was a fire inside on the 13th of August 1959, and the restoration was not yet completed when the madonnas were photographed in 1990.
All 6 madonnas are from the S. Domingos church in Lisbon, Portugal. There was a fire inside on the 13th of August 1959, and the restoration was not yet completed when the madonnas were photographed in 1990.
Les photographies originales ont été prises par Jadran Sturm à Lisbonne, 1990.
SIMON DELOBEL (HISTORIEN DE L’ART, CURATEUR & DIRECTEUR ARTISTIQUE DE KIOSK GAND) ET ÅSA LIE. BRUXELLES, 3 FÉVRIER 2025
Simon Delobel: As-tu l’impression qu’une des missions de votre art -si on peut parler d’une mission ou d’un but- était de susciter chez les gens une prise de conscience vis-a-vis des structures dans lesquelles ils sont, en quelque sorte, enfermés? D’augmenter leur niveau de conscience de ce qui se passe? Ou bien c’était plutôt pour documenter? Par exemple, il s’agit là d’une superbe trace d’un moment particulier de l’histoire.
Åsa Lie: Derrière la beauté, il y a souvent l’horreur. Ou bien il y a une connexion, entre la beauté et l’horreur, ou la terreur. Quant à Lingua Portuguesa, il s’agit de beauté mais aussi de sang versé et d’aveuglement. C’est une œuvre de transition, la mienne, mais la contribution de Jadran réside dans la matière à partir de laquelle l'œuvre est faite. Il était au Portugal au tout début de notre relation pour rencontrer une femme. Ils avaient été amoureux avant notre rencontre, et voulaient tous deux savoir si leur histoire était réellement finie, mais ça s’est très mal passé, ils ne se sont pas entendus. Il était très énervé en revenant. Du coup il a dit : “Voilà, j’ai pris ces photos”, et m’a mis les trois pellicules dans la main… “Mets ça à la poubelle, ou fais-en ce que tu veux.”
J’étais curieuse, alors j’ai développé les pellicules et j’ai regardé les négatifs. C’étaient des photos de Lisbonne et des Açores. Quelque part dans ces images, j’ai zoomé sur les madones (de l'église de Sao Domingos, Lisbonne) et sur leurs visages. J’ai commencé à travailler et à les modifier complètement. Je les ai agrandies, j’ai fait des aller-retours entre la photocopieuse et le laboratoire, des négatifs aux images et vice versa.. J’étais aussi intéressée par la petite photo en couleur que Jadran m’a donnée d’un festin dans les Açores. Elle a été prise par un villageois et donnée à Jadran. Elle a été scannée et imprimée en grand. 7 images sur les 109 ont été choisies et ont fini dans mon installation à Amsterdam. J’ai décidé d’utiliser la cabane du jardin de la galerie au lieu de l’espace même de la galerie. C’était rempli de vieilles choses et de déchets que j’ai sortis. Il y avait un four à gaz, un évier et quelques détails attachés ou accrochés aux murs. Ca s’est intégré à mon installation. Par exemple ici on peut voir une vieille coupure de journal collée au mur et un morceau de bois. C’est devenu la place parfaite pour une des madones.
Pour les cartons d’invitation j’ai utilisé une photo du Dicionário da Lingua Portuguesa d’où vient le titre original.
Et un texte, une sorte de résumé de mes pensées: Conquistadors lancés dans l’accomplissement de leur mission sur mer. Soutenus et bénis par leurs épouses, mères, filles et sœurs.
Qu’est-ce que la colonisation, ou la guerre? Nous sommes tou.te.s là-dedans. Nous faisons tou.te.s partie de ça.
Ces différentes femmes dans la même église, représentées par différentes madones, d’âges différents, avec ou sans enfant. C’est la reine, la femme, la nonne, la mère, la soeur, la fille. Des idoles, exactement comme on en a encore aujourd’hui, par exemple dans les magazines avec les célébrités - si on regarde les magazines de mode - comme Kate Moss, etc. Pour les hommes comme pour les femmes, tout ça est connecté à la religion et à l’idéologie, l’idée c’est de pouvoir admirer quelqu’un. Les femmes ne sont pas innocentes, en matière de colonisation. Mais certaines personnes disent encore: “Les femmes ne font pas de choses pareilles. Elles ne sont pas brutales. Elles ne se battent pas; elles ne tuent pas.” C’est faux. Derrière ces femmes idéalisées, les madones, dans une belle église, il y a une histoire d’horreur, parce que c’est l’argent que les conquistadors ont ramené avec les missionnaires, qui a permis de la construire…
Åsa Lie en conversation avec Simon Delobel dans la fondation privée pour les archives Jadran Sturm & Åsa Lie, février 2025